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Elle était sur la plupart de nos tables mais d’où viennent-elles?


 D’abord une énorme bûche brulée toute la nuit du solstice d’hiver puis à la veillée de Noël avec tout un rituel qui protégera la maisonnée. Ensuite, dans la deuxième partie du 19° siècle, elle est devenue un gâteau en forme de bûche.

Ainsi, dans nos cuisines, nous reproduisons une bûche avec un bois de génoise et une écorce de chocolat.

Il me revient en mémoire les longs tubes de forage détournés de leur fonction par l’artiste Marc Didou qui, après les avoir couchés à plat les a métamorphosés en troncs d’arbres aux écorces variées.

En échos, Marylène nous offre le récit sensible de l’américaine Willy Cather (1873-1947); celui des préparatifs improvisés pour un Noël de campagne confiné par la neige et le mauvais temps..


29 décembre 2020
Corinne Cossé-le Grand
info@carrousel-art.com


She was on most of our tables but where did they come from? First a huge log burned all night long during the winter solstice, then on Christmas Eve with a whole ritual that will protect the household. Then, in the second part of the 19th century, it became a cake in the shape of a log. Thus, in our kitchens, we reproduce a log with a wood of sponge cake and a chocolate bark. I remember the long drill tubes diverted from their function by the artist Marc Didou who, after laying them flat, transformed them into tree trunks with various bark. In echoes, Marylène offers us the sensitive story of the American Willy Cather (1873-1947); that of improvised preparations for a country Christmas confined by snow and bad weather.

Bûche au chocolat proposée par Corinne Cossé-le Grand
C’est une génoise au chocolat, parfumée à la vanille ou au rhum et garnie de mousse au chocolat.
Préparation 30 mn
Cuisson 7 à 8 mn
Temps de repos 1h


Ingrédients pour 10 personnes 
Pour la génoise:
140 grs de sucre semoule
4 œufs
100 grs de farine
15 grs de cacao amer en poudre ( 3 cuillérées à soupe)
35 grs de beurre
3 gr de levure chimique
35 gr de fécule
750 grs de mousse au chocolat
100grs de pâte d’amandes vert tendre
5 champignons en meringue suisse 1dl de sauce à la vanille

Chauffer le four à 220:240° (th 7-8)
Recette Masse 1: Dans un bol au bain marie, fouettez le sucre et les œufs entiers pour tiédir le mélange pendant 1 mn; puis hors du feu fouettez à grande vitesse pendant 8 mn, et à petite vitesse pendant 15 mn pour refroidir et alléger la masse.Elle doit former ruban sur une spatule.
Masse 2: Clarifiez le beurre  dans une petite casserole. Passez la farine au tamis  ou dans une passoire très fine. Incorporez délicatement à la spatule la farine tamisée, le cacao, la levure et le sucre vanillé à la masse 1, puis le beurre fondu à peine tiède et arrêtez aussitôt le mélange fait. Cette opération doit être menée rapidement et la génoise doit passer au four immédiatement.
Étalez cette pâte sur la plaque du four sur une épaisseur de 2 cm environ à l’aide de la palette. Cuisez à 220/240° (th 7-8) pendant 7 à 8 mn et dès la sortie du four, ôtez le biscuit de la plaque de cuisson pour éviter qu’il dessèche. Préparez un sirop avec une cuillérée de rhum et badigeonnez la génoise.
Préparez la mousse au chocolat et l’étalez sur toute la surface de la génoise. Roulez le biscuit bien serré et mettez au froid pendant 1 heure.

Décor 
Coupez 2 tranches en biseau, de 2 cm d’épaisseur environ. Posez les sur le tronc  en la décalant pour figurer 2 branches sciés. Avec une poche à douille dentelée, couvrez complètement le biscuit avec le reste de la mousse au chocolat pour imiter l’écorce. Décorez de petits champignons  en meringue suisse et de feuilles de houx découpées dans de la pâte d’amende verte.
Mettez au froid jusqu’au moment de servir.
Conservez au froid 48 heures
Marc Didou, Pipeline fossile de la série Pipeline,Transformation d’un arbre de forage pétrolier, 2015, Parc des Guérandes, Plouër-sur-Rance 
Dans le cadre de « L’art au fil de la Rance »:
http://www.artaufildelarance.com/
https://youtu.be/qsjGu_syQKY
Willa Cather
My Antonia. Willa Cather, 1918.
p.81
Willa Cather est née en 1873 en Virginie dans une famille aisée qui s’installera dans le Nebraska où elle passera  son enfance et engrangera des souvenirs qui l’inspireront plus tard. Alors qu’elle a entamé des études de médecine, elle  publie des textes et essais dans le « Nebraska state journal ». C’est ainsi qu’elle se découvre écrivain et en fait son métier.  

« La neige ne s’arrêta pas de tomber de toute la journée et elle tomba toute la nuit suivante. Le froid n’était pas trop intense, mais la bourrasque continuait, constante et irrésistible. Les hommes ne pouvaient pas dépasser les granges et l’enclos. Ils restèrent assis à la maison, la plus grande partie de la journée, comme si c’était dimanche, à graisser leurs bottes, à réparer leurs bretelles, à tresser des mèches de fouets. Le matin du 22, grand-père annonça au petit déjeuner qu’il serait impossible d’aller à Black Hawk faire les achats de Noël.  (…) Nous décidâmes donc d’organiser un Noël de campagne, sans rien devoir à la ville. J’avais eu l’intention d’acheter des livres d’images  pour Yulka et Antonia, même Yulka savait un peu lire maintenant. Grand-mère m’emmena dans la réserve, qui était glaciale, et me montra des rouleaux de guingan et de toile à drap. Elle découpa des carrés de tissu de coton et nous les cousîmes ensemble de façon à faire un livre. Nous le fixâmes à deux plaques de carton que je recouvris d’un calicot superbe représentant des scènes de cirque  (…) Fuchs ressortit les vieux moules à suif et fabriqua des chandelles. Grand-mère exhuma ses emporte-pièces fantaisie qui servaient à découper la pâte, elle fit cuire au four des bonshommes et des coqs en pain d’épice, décorés de caramel et de ronds de cannelle rouge. La veille de Noël, Jake remplit ses fontes de selle de tout ce que nous allions envoyer aux Shimerda et se prépara à partir sur le hongre gris de grand-père. Lorsqu’il monta à cheval, à la porte, je vis qu’il avait une hachette à la ceinture, il échangea un regard complice avec grand-mère, ce qui me fit deviner qu’il préparait quelque surprise. Je passai l’après-midi à guetter, avec beaucoup de constance, depuis la fenêtre du salon. Enfin je vis une tache noire qui bougeait du côté de l’Ouest, le long du champ de maïs enfoui sous la neige, là où le ciel prenait un reflet cuivré sous l’effet du soleil qui n’arrivait pas à percer. Je mis mon bonnet et me précipitai à la rencontre de Jake. Lorsque j’atteignis la mare, je vis qu’il apportait un petit cèdre placé en travers du pommeau de sa selle. Il avait coutume de couper un arbre de Noël chaque année en Virginie, et il n’avait pas oublié combien cela m’enchantait. (…) Nous y accrochâmes des sujets en pain d’épice, des chapelets de grain de maïs et des morceaux de chandelles que Fuchs avait fixés dans des petits socles de carton. »  
Et je ne peux m’empêcher d’ajouter ce passage, à la fin du chapitre, où la tendresse du narrateur pour les ouvriers agricoles me touche beaucoup : 

« Leur rudesse et leur violence même les rendaient sans défense. Ces garçons ne disposaient pas d’une expérience raisonnée derrière laquelle se cacher et avec laquelle tenir les gens à distance. Tout ce qu’ils avaient pour lutter contre le monde, c’était leurs poings d’acier. Otto était déjà devenu un de ces ouvriers agricoles endurcis, qui vont se placer et qui jamais ne se marie ni n’ont d’enfants. Et pourtant il aimait tellement les enfants ! »
 « My Antonia » est publié en 1918 et raconte, à la première personne, les souvenirs d’enfance de Jim Burden, orphelin à dix ans, élevé par ses grands-parents, propriétaires d’une belle ferme dans les grandes plaines, terres d’accueil pour les migrants venus de toute la vieille Europe, à la recherche d’une vie meilleure.  Ainsi s’installe, près de chez eux, une famille thèque dont le père, musicien et rêveur, ne s’adaptera jamais à la dureté de cette terre. Mais une figure solaire éclaire cette réalité, c’est Antonia avec qui Jim va grandir dans ces paysages libres et sauvages.  Et ils resteront, malgré leurs destins très différents, liés par une tendre amitié. Dans cet extrait, le mauvais temps de décembre a interdit tout déplacement à la petite ville d’à côté et il va falloir se contenter de peu pour célébrer Noël. A la ferme, l’atmosphère est chaleureuse,  les employés contraints d’abandonner leurs travaux des champs, contribuent à l’enchantement de ce moment avec leurs petits trésors et Jim va fabriquer un livre, avec les moyens du bord, pour son amie et sa sœur. Willa Cather rend ainsi hommage aux pionniers de L’Ouest qui, malgré l’austérité de la terre et du climat, ont su cultiver la solidarité, le courage, la ténacité, l’audace et l’amitié. On peut relire inlassablement ce livre qui transmet une belle énergie, bien éloignée de l’outrancière  consommation caractéristique de notre époque et particulièrement de ses Noëls consuméristes. Ici, éloignés de tout, mais inspirés par les paysages exceptionnels, les personnages fabriquent, avec ce qu’ils dénichent dans la maison et à l’extérieur, de quoi émerveiller tout une famille voisine et amie, en proie au dénuement. La rudesse de la nature réunit maîtres et serviteurs, propriétaires aisés et locataires, enfants, parents, grands-parents. Il est bon de croire qu’il reste peut-être un peu de ces âmes rudes et bonnes dans l’esprit qui règne encore aujourd’hui sur les  grandes plaines. 

Marylène Conan
mariconan29@gmail.com

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