Art, Good Food & Books #47

Poser la couleur


Quand des petits morceaux de fêta viennent embellir et éclairer la tarte à la tomate d’Héloïse, les ongles aux couleurs chatoyantes de Kevin Ford se mettent à l’unisson. Les animaux de Kenneth Graham dénichent alors un coin de campagne anglaise pour déguster ce plat qui toujours assemble.


Lundi 25 octobre 2021

Corinne Cossé-le Grand

info@carrousel-art.com

Instagram: @carrousel_artTarte tomate feta – Recette proposée par Héloïse Langlais




Ingrédients


– Une pâte brisée

– De la moutarde

– Un oignon

– Des tomates (de préférence des tomates cerises)

– Une feta entière

– Des herbes de provence


Recette

Étaler la pâte brisée sur un plat à tarte, faire des petits trous à l’aide d’une fourchette. Faire préchauffer le four à 180 degrés et y insérer la pâte 5/6 min simplement pour la précuire.


Découper finement l’oignon les tomates et la feta. Retirer la pâte du four et tartiner le fond de tarte de moutarde. Ajouter ensuite les ingrédients : oignons, tomates, feta, herbes de provence.

30 minutes plus tard, dégustez ce bel assemblage d’été 🙂




Kevin Ford, French Manucure, 2019 Acrylic and Flashe on panel

https://semiose.com/home/artist/15895/kevin-/

Kenneth Grahame. The wind in the willows. 1908.

Kenneth Grahame (1859-1932) a passé son enfance dans le Berkshire.


Il aimait se promener sur les bords de la Tamise comme les personnages de son livre. Cette histoire écrite pour son fils Alistair auquel le Crapaud, Baron Têtard (qui apparaîtra plus tard dans le récit), emprunte quelques traits, se passe sur ces rives enchantées. Il ne faut pas manquer la très belle préface d’Alberto Manguel qui se souvient de l’émerveillement de sa première lecture comme de toutes ses relectures. M. Taupe et M. Rat conversent près de la rivière, au loin s’étend « la forêt sauvage ». « Et derrière la Forêt sauvage, qu’y a-t-il ? demanda-t-il. Là où c’est tout bleu et un peu flou, on aperçoit ce qui pourrait bien être des collines, ou peut-être pas. Et là, on dirait la fumée des villes ou tout simplement des nuages. Derrière la Forêt sauvage, il y a le Vaste Monde, dit Mr Rat. Nous n’avons rien à y faire, ni vous ni moi. Je n’y suis jamais allé et je n’irai jamais et, si vous avez deux sous de cervelle, vous ferez comme moi. Je vous prie de ne plus jamais m’en reparler. Ah, voici notre petit plan d’eau où nous allons pouvoir déjeuner !S’écartant du courant principal, ils entrèrent dans ce qui semblait être à première vue un petit lac bordé de pentes gazonnées. Sous l’eau calme et limpide luisaient de grosses racines d’arbre brunâtres, pareils à des serpents, tandis que devant eux la roue d’un moulin à pignon gris qui ‘égouttait, appuyée contre l’épaule d’un barrage écumeux, emplissait l’air d’un murmure apaisant quoiqu’un peu monotone, d’où fusait par moments un chapelet de notes cristallines. Devant tant de beauté Mr Taupe ne pouvait que joindre ses pattes avant dans un geste d’adoration et s’écrier d’une voix haletante : « Oh ! mon Dieu ! Oh mon Dieu ! ». Mr rat approcha la barque de la rive, l’amarra solidement, aida le toujours balourd Mr Taupe à descendre et lui balança le panier de provisions, que Mr Taupe demanda à Mr Rat la permission de déballer, permission que celui-ci lui accorda bien volontiers, trop heureux qu’il était de pouvoir s’étendre de tout son long sur le gazon, pendant que son ami s’affairait tranquillement, secouait la nappe et l’étendait, y sortait un par un tous ces mystérieux paquets et en disposait méthodiquement les contenus, en s’exclamant d’une voix émue : « Ca, par exemple ! Ca, par exemple ! » à chaque découverte. Quand tout fut prêt, Mr Rat se tourna vers Mr Taupe et lui dit :-Et maintenant servez-vous, mon vieux ! » On peut avoir lu ce petit roman, enfant, mais, adulte, je le découvre avec autant de plaisir. C’est un monde enchanté où tout ne va pas forcément toujours très bien. Pourquoi cette impression de bien-être paisible alors que les agressions et les mensonges, les tromperies et les disputes vont bon train ? Probablement l’inébranlable bonté, la constante gentillesse de M. Rat face à la roublardise incorrigible de M. Crapaud. Nul aveuglement cependant chez lui, mais une sorte de bienveillance intelligente, comme acquise avec l’âge. D’ailleurs, on peut aussi lire cette histoire comme un conte philosophique plein de fantaisie ou une réflexion sur l’amitié. Ce sont ces multiples niveaux de compréhension qui en font la richesse. On pense à Lewis Caroll, aux illustrations de Beatrix Potter, aux peintures de Carl Larson. Il y a tout cela dans « Le vent dans les saules », et surtout, oh ! surtout, la nature, la rivière, les chemins et les collines. L’Angleterre, quoi ! La belle campagne anglaise fin XIXème, début XXème. Elle n’est pas seulement un décor de carte postale, elle a infusé, informé au sens littéral, l’âme des personnages, comme celle des écrivains de cette époque.

Et pour ce pique-nique, au bord de l’eau, justement, figurez-vous que Mr. Rat avait préparé une tarte aux tomates, du moins, c’est ce que j’imagine, le plat idéal pour une si belle journée près de la rivière, un délice de printemps anglais. Chaque jour, il regarde avec amour cette rivière qui est sa famille : « Elle me tient lieu de frères et de sœurs, de tantes et d’invités, de nourriture et de boisson, et puis, bien entendu, j’y fais mes ablutions et j’y lave mon linge ». Son ami Mr.Taupe découvre ce milieu et, fasciné par toute cette beauté, se laisse aller à l’émerveillement : « Absorbé par la nouvelle vie qui s’ouvrait devant lui, enivré par le clapotis et le chatoiement du courant, par les bruits, les senteurs de la nature et la lumière du soleil, il laissait traîner une patte dans l’eau tout en s’abandonnant à ses rêveries ». Et l’on rêve avec lui, ou l’on se souvient, il suffit d’avoir vu une seule fois, un village le long de la Tamise pour ressentir cet enchantement. Nous sommes plongés, enveloppés dans une atmosphère. Il n’y a que les Anglais pour ressentir ces « vibrations-là » avec une telle ferveur, mais rien de spirituel. On est sur la terre et ce sont les sens qui sont sollicités, le plaisir de regarder, de sentir, d’entendre et puis, tout naturellement, de laisser venir un peu la faim, l’appétit plutôt, avant de savourer la délicieuse et toute simple tarte aux tomates. Ici, on se laisse aller dans le paysage, on en fait partie. Et la conversation, de même, dans son amicale simplicité, a trouvé très naturellement le ton juste. Le vaste monde n’est pas pour eux, ils sont si bien, ici, maintenant, ensemble.


Marylène Conan

mariconan29@gmail.com

Instagram: @conanconan2935

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