Art, Good Food & Books #7

Sensations de chair

La figue est un réceptacle charnu qui, associée à la mangue et sur une tarte, offre de belles couches de matières pulpeuses et colorées prêtes à être dégustées.
Avec la photographie augmentée du microscope, Dove Allouche questionne, dans les couches successives d’une toile, la présence  charnelle d’un peintre du XVIème siècle.
Marylène Conan évoque les écrits de Colette pour assembler chair de figues et gestes du peintre.

Et à ce jeu, vos recettes sont toujours les bienvenues sur info@carrousel-art.com !

Corinne Cossé-le Grand.

info@carrousel-art.com

26 octobre 2020

Ingrédients pour 4 personnes: 

300 grs de pâte feuilletée
2 mangues
8 figues fraîches
40 grs de sucre glace 

Recette

  • Abaissez la pâte feuilletée au rouleau sur le plan de travail fariné jusqu’à une épaisseur de 2 millimètres. 
  • A l’aide d’un fond de moule à tarte amovible de 18 centimètres de diamètre, découpez 4 ronds dans la pâte feuilletée. Déposez-les sur la plaque de cuisson du four. Piquez -les avec une fourchette. 
  • Pelez les mangues avec un couteau économe. Découpez des lamelles de 4 millimètres d’épaisseur directement sur les fruits, sans ôter le noyau. 
  • Lavez, essuyez les figues fraîches. Découpez-les en rondelles.
  • Disposez, en alternance sur les fonds de pâte, les lamelles de mangues et les rondelles de figues fraîches. 
  • Faites cuire les tartes à four chaud, th. 7-8, 210-240°, pendant 20 minutes. 5 minutes avant la fin de la cuisson, saupoudrez les tartes de sucre glace en protégeant les bords de la pâte avec de l’aluminium et faites caraméliser. Servez ces tartes tièdes.

A boire de préférence avec un champagne crémant de Mumm !

Dove ALLOUCHE, Repeint_3 ( C2RMF71524), 2019-2020, Carbonate de calcium, minium, vermillon, glacis organique rouge, blanc de plomb, savons de plomb.
Tirage argentique Lambdas d’après un échantillon de polychrome prélevé sur une oeuvre datée du XVIème siècle.
99 x 150 cm
116,5 x 167 x 5 cm encadré
Unique
« Je cherche le chemin le plus long possible pour contourner la photographie »
Dove Allouche poursuit depuis une vingtaine d’années ses explorations inter et intra sidérales. Il arpente les abstractions sensibles de l’espace et du temps par différents moyens, à différentes échelles de grandeur et de profondeur, amenant au jour dans ses images de nouveaux indices de perception. La série des « Repeints » tirages photographiques agrandissant des prélèvements effectués dans l’épaisseur de Primitifs italiens du Louvre, et une émission réversal, vue de gaz à la surface du soleil dessinée au carbone d’après photographique.

https://gbagency.fr/fR/artistes/dove-allouche
Colette. Le fanal bleu. 1949
 » A partir du jour où la première « figue seconde » est mûre, vous pouvez compter que chaque matin une autre, dix autres figues secondes vous tombent dans la main, molles, le col infléchi, avec leur œil de faisan au derrière, et sur leurs flancs les rayures parallèles qui fendillent leur tendre peau violette ou grise. Les premiers jours on ne s’en rassasie pas.  Qu’est-ce pour notre appétit que six, que dix, que douze figues encore froides de la nuit, qui s’ouvrent par moitié et rouge au-dedans comme la grenade ? Elles n’ont pas encore tout leur miel, et se font d’autant plus faciles à la bouche. Mais la maturité se hâte et les multiplie. La semaine n’est pas finie que le gros figuier, et le figuier d’en bas, et le figuier tortu, sont accablés de figues mûres, pendues par le goulot comme les nids d’oiseaux appelés cacique. Nous n’en venons pas à bout. Elles méritent la récolte totale, puis la claie. Faites vite, vous voyez bien qu’à son tour le raisin va s’impatienter, que la tomate est au terme de sa prodigalité et de sa rougeur, et qu’il ne reste sur les pêchers que ces petits biscaïens pelucheux, dure mitraille dont se bombardent les enfants.   Après quoi les arbres ne berceront que des pommes, abondantes au creux des vallons grassois et aux vergers de Solliès-Pont. »  

      
 Le Fanal Bleu » qui évoque « la lampe de jour et de nuit, bleue entre deux rideaux rouges, étroitement collée contre la fenêtre », publié en 1949, rassemble des souvenirs et des chroniques. Colette, immobilisée par l’arthrite, ne bouge plus du Palais Royal, mais elle se souvient des atmosphères du Sud et particulièrement de sa maison de Saint-Tropez, La Treille muscate, où elle s’enchanta, douze étés durant, des sensations, des saveurs et des paysages du Midi.Il s’agit, ici, de la seconde récolte des figues, généreuse, abondante, et, finalement, presque envahissante. Le texte dit la répétition et l’accentuation d’un phénomène contenu dans un temps donné, et qui finit par désarçonner par la quantité qu’on n’arrive plus à maîtriser, à manger tout simplement. Etonné, ravi, par la délicatesse d’une chair aussi douce et sucrée, on finit cependant par être submergé par le nombre des fruits. Les figues ne sont pas seulement délices pour les papilles, elles « tombent »  dans le calice des mains qui les accueillent comme une offrande.Offrande, oui, mais un peu malicieuse, car le mouvement s’accélère et ce qui avait valeur quasi sacrée devient presque bombardement. Il faut alors laisser de côté la dégustation lente et recueillie pour faire face au nombre des projectiles. L’émerveillement devient accablement, et  l’organisation, puis « la claie » s’imposent comme stratégie face au déferlement. Tout s’est fait très vite, c’est la nature qui décide et impose son rythme aux humains. C’est sur ce temps particulier de la récolte que s’articule le texte, et le « vous » auquel il s’adresse doit suivre et se montrer pragmatique. L’auteur, experte et forte de son expérience de la saison, secoue son lecteur, il n’est plus temps de rêver, ni même de contempler, il faut agir, récolter, ordonner, conserver.  Comme les figues de Colette, la recette distribue généreusement couleurs et promesse de saveurs, il faut se hâter de la déguster dans sa tiédeur appétissante.

Marylène Conan
mariconan29@gmail.com

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.