Art, Good Food & Books #42

Sous le calme du citronnier


 Ce petit arbre était une plante d’ornement dans les jardins de plaisance au Moyen Âge, notamment les jardins islamiques au Proche et Moyen Orient.
Pour le dessert de cette lettre, son fruit est cuisiné en une tarte acidulée quand l’artiste Amélie Bertrand joue de sa forme simple en aplats soignés alors que pour Sandy Tolan, le citronnier est symbole d’abondance et de plaisir partagé au delà des conflits.

16 juin 2021

Corinne Cossé-le Grand
info@carrousel-art.com
Instagram: @carrousel_art

Tarte aux citrons proposée par Corinne Cossé-le Grand

Ingrédients

Pour la pâte sablée

  • 200 g de farine
  • 60 g de sucre glace
  • 1 pincée de sel fin
  • 100 g de beurre
  • 1 œuf 

Pour la garniture

  • 100 g de beurre  mou
  • 125 g de sucre en poudre
  • 3 œufs
  • 3 citrons non traités
  • 2 cs de crème fraîche 

Recette 

  • Sortir le beurre 1h30 avant son utilisation.
  • Préparer une pâte homogène avec les ingrédients donnés. La poser sur une planche farinée et laisser reposer une heure sous un linge.
  • Beurrer et fariner un moule à tarte. Etendre la pâte à l’aide d’un rouleau puis la disposer dans le moule. Elle doit être assez épaisse (6 mm).
  • Piquer le fond avec une fourchette, couvrir d’un papier cuisson, répartir des haricots secs dessus. Cuire à blanc 15 min à 180°C.
  • Pendant ce temps, rapper la peau des citrons lavés et réserver les zestes. Presser les citrons et conserver le jus.
  • Dans un saladier mélanger le beurre, le sucre, les œufs et la crème. Ajouter ensuite le jus et les zestes des citrons.
  • Sortir le fond de tarte du four. Retirer les haricots et la feuille de papier. Verser la préparation au citron et remettre au four à 120°C pendant 30 min environ.
  • Laisser refroidir la tarte, puis la placer au réfrigérateur au moins 3 heures
Amélie Bertrand, Still Life, 2018, Huile sur toile, 200 x 180 cm, Galerie Semiose, https://www.fracartothequenouvelleaquitaine.fr/index.php/les-collections/5-min-de-conversation/amelie-bertrand-collection-5min
            La maison au citronnier de Sandy Tolan, 2006, Flammarion.

Ce roman est construit à partir de deux témoignages, celui d’une famille arabe aisée, les Khairi, installée en Palestine depuis le 16ème siècle, que nous voyons bâtir une belle demeure en 1936, et celui des Eshkenazi, Juifs bulgares, menacés de déportation en 1943 et s’acheminant vers la Palestine en 1947. Après la guerre, de nombreux Juifs rescapés tentent de rejoindre cette terre d’espoir. Entre-temps, la famille  Khairi, comme tant d’autres, a été expulsée de sa maison et de son territoire. Entre les deux communautés des conflits vont naître alors, qui ne cesseront de s’intensifier, comme on le sait.  

1936 « Le jeune couple avait imaginé une maison ouverte. Ahmed avait étudié les plans avec un ami britannique, Benson Solli, entrepreneur, l’un des rares juifs qui vivaient à al-Ramla. Pour les Khairi, comme pour les nombreux arabes, les Juifs comme M. Solli, nom sous lequel les enfants d’Ahmed se le rappellent, faisaient simplement partie du paysage de Palestine. Tous les mercredis, les Juifs des kibboutzim venaient troquer blé, orge et melons au marché d’al-Ramla. Les ouvriers agricoles arabes travaillaient dans les champs juifs tout proches, poussant des charrues à bras fabriquées dans les kibboutzim, et les fermiers juifs amenaient leurs chevaux à al-Ramla pour qu’on les ferre. p .23 (…)

1948 « Moshe et Solia trouvèrent une maison qui leur plaisait. Elle était en bon état, presque vide, mais pas toute neuve. On y avait visiblement vécu. C’était une bâtisse en pierre à plan ouvert, offrant beaucoup d’espace. Il y avait un auvent pour voiture qui pourrait servir, et dans l’arrière-cour se dressait un citronnier. » (…)

1967 « Bachir regarda la belle jeune femme aux cheveux courts et foncés qui leur souriait en ouvrant le portail métallique d’Ahmed Khairi. « Entrez, je vous en prie », crut l’avoir entendue dire Bachir . Il la regarda alors qu’elle se retournait pour remonter l’allée de pierre menant à la maison. Etait-ce possible ? Bachir jeta un coup d’œil à ses cousins. La jeune femme israélienne leur avait-elle réellement dit de la suivre ? Il était devant le portail, figé, doutant de tout. Les trois cousins restèrent  plantés là tandis que la jeune femme disparaissait dans la maison. » p. 1741

988. Dalia écrit à Bachir pour lui faire part de ce qu’elle ressent. Elle évoque la visite du père de celui-ci, dans les années soixante-dix : «  Bien des années plus tard, après la mort de votre père, votre mère m’a dit que lorsqu’il était agité et n’arrivait pas à dormir, il faisait les cent pas dans l’appartement que vous louez à Ramallah, un citron racorni dans la main. Un des citrons que lui avait donnés mon père. Depuis que j’ai fait votre connaissance, une conviction s’affirme en moi. Cette maison n’est pas seulement la mienne. Le citronnier qui a donné tant de fruits et nous a procuré tant de plaisir vit dans le cœur d’autres personnes. Cette maison spacieuse, avec ses hauts plafonds, ses larges fenêtres et son vaste terrain, n’était plus seulement une maison arabe à l’architecture séduisante. Derrière elle, il y avait désormais des visages. Les murs évoquaient les souvenirs et les larmes d’autres personnes. »  

Quand les parents de Dalia choisissent cette maison, ils sont persuadés, (on leur a dit) que les habitants ont fui. Alors qu’elle grandit et que l’actualité se fait de plus en plus problématique et violente, la jeune fille sait qu’un jour elle devra faire face au passé de ce lieu devenu sien. 

En effet, un jour de 1967, Bachir Khairi accompagné de ses deux cousins, frappe à la porte de cette maison dans laquelle il a grandi et dont il se rappelle le citronnier planté par son père.  En quelques secondes Dalia comprend, on la voit hésiter, craindre une agression, puis se détendre et décider de les accueillir. Entre les deux personnages, contre toute attente, passe un courant de sympathie, de bienveillance qui évoluera en amitié au fur et à mesure des années et ce, malgré les divergences personnelles et les conflits politiques.

Mais c’est au fur et à mesure de leurs échanges épistolaires et de leurs conversations qu’elle apprend réellement dans quelles conditions est partie la famille de Bachir. Au tout début, elle ne comprend pas son acharnement à vouloir revenir mais ne renonce jamais au dialogue et tente de faire aussi comprendre sa situation, son attachement à cette demeure dont  elle et les siens prennent soin depuis vingt ans. Bachir, lui, évolue dans une autre dimension, la lutte personnelle a pris une ampleur politique qui conditionne toute sa vie. Devenu avocat, il n’a eude cesse de faire valoir sa cause auprès des autorités et n’a pas hésité à rejoindre des factions hors-la-loi, car cette loi, justement, qui expulse les Palestiniens de leur région natale lui est inacceptable. Alors les relations avec son amie sont parfoistrès tendues malgré les efforts réciproques et l’on craint souvent la rupture. Ainsi le récit oscille entre l’histoire intime de deux individualités (et leur famille) désireuses de communiquer parce que le hasard et l’Histoire les ont fait se rencontrer à travers une maison et son jardin, et l’opposition de deux peuples prisonniers des violences historiques et politiques subies par chacun depuis des décennies. 

Plus tard, lorsque Dalia aura fait sa propre vie et que ses parents auront disparu, se posera la question de la vente de cette maison qu’elle ne pourra plus considérer comme exclusivement  sienne. Emue par l’amitié de Bachir durant toutes leurs années de correspondance, mais désireuse de dépasser leur histoire personnelle afin qu’un dialogue plus large s’installe malgré tout, elle souhaite alors en faire un lieu culturel partagé et une maison d’accueil pour enfants Juifs et Palestiniens.  

Au lecteur de reconstituer la chronologie du récit entrecoupé de très longs passages retraçant l’évolution du conflit, ses rebondissements, l’implication et l’intrication de courants différents d’un côté comme de l’autre, des modérés, des extrémistes, tout cela au fil des attentats, des vengeances, des revanches, et aussi des efforts désespérés mais acharnés,cependant, à entrevoir un avenir commun . Il faut lire ce livre magnifique, très éclairant et qui ne prend pas partie, on souffre pour les deux peuples et les personnages dont aucun ne renie son identité. Ceux-ci sont à la fois sans concession, compréhensifs et attentifs l’un envers l’autre.

Marylène Conan
mariconan29@gmail.com
Instagram: @conanconan2935

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