Art, Good Food & Books #6

Ces petits cornichons sont un souvenir familial de Françoise Diveu et de sa préparation au mois de juillet. Allongés sur nos plats de l’automne, ils donneront tout leur piquant.
D’autres cornichons surgissent vers le ciel depuis les orteils d’Erwin Wurm pour former le matériau d’Une minute de sculpture.
Et Marylène décortique les paroles musicales de Nino Ferrer.

Corinne Cossé-le Grand
info@carrousel-art.com
20 septembre 2020
La fabrication de cornichons maison proposée par Françoise Diveu.

« Les cornichons s’achètent chez les primeurs mi juillet et en général pour une période très courte.Pour ma part, j’aime les petits et moyens calibres  parfois difficiles à trouver. Les cornichons frais sont fragiles, ils doivent être achetés bien frais ! »

Quelques repères de quantité :
Pour 8 bocaux d’1 litre il faut environ 4 kilos de cornichons 
4 têtes d’ail
3 litres de vinaigre blanc
2 bouquets d’estragon
2 bouquets d’oignons grelots ( si l’on veut)
( si on veut essayer avec  1 grand bocal d’1 litre et demi , acheter 1 kilo et demi de cornichons et adapter les ingrédients)

Préparation :
Laver et brosser les cornichons pour enlever les petits poils de la surface avec une brosse souple ( j’utilise une brosse à dent)
Couper les queues 
Égoutter les cornichons , les mettre dans des saladiers et les couvrir de gros sel, 3 à 4 poignées par saladier
Faire dégorger 24 h
Ensuite les laver de nouveau, les essuyer délicatement dans des torchons ou utiliser une essoreuse à salade
Les placer  en arrondi dans un bocal en alternant :
4/5 oignons grelots
4/6 gousses d’ail
10 grains de poivre
4 clous de girofle
1/2 branches d’estragon sur le dessus
Couvrir de vinaigre blanc et fermer le bocal
Le lendemain ajouter si nécessaire un peu de vinaigre pour que l’estragon soit bien mouillé 
Placer le ou les bocaux dans un endroit frais
Attendre 2 mois avant de les déguster 
Erwin Wurm, One sculpture minute, 1997-1998

Erwin Wurm, né en 1954, bouscule l’histoire de la sculpture en utilisant (souvent avec espièglerie) le corps humain comme matière première. Il est sculpteur et toutes les pièces qu’il crée sont en rapport avec les enjeux de la société et de la sculpture. 
Une rétrospective à la MEP à Paris présente tout son travail photographique.
https://www.mep-fr.org/event/erwin-wurm/

Nino Ferrer
     Entendre les deux ou trois premières notes d’une chanson de Nino Ferrer suffit pour qu’aussitôt s’en déroulent les paroles, comme une rengaine répétée, martelée par ses rythmes et ses rimes. Le refrain structure le texte. Les quatre notes du dernier vers : « Et la radio ! » restent en suspend sur un « o » clair, net, sonore, en écho au rythme des énumérations.Les images, alors, défilent comme sur un écran de télé des années soixante, mais vives et colorées. C’est l’époque des sorties en famille, ou entre jeunes, l’époque des virées en voiture sans limitation de vitesse. Image spontanée d’une bande joyeuse. On ne sait pas qui, mais c’est « tous ensemble », on ne sait pas où, mais c’est « dans la nature ». Le pique-nique sera « grand » et la voiture est « grosse ». L’énumération dit l’abondance, et la radio (on imagine évidemment le transistor) lance la musique.Les trois strophes évoquent le régal à venir comme une liste de courses, ou une énumération à la Prévert, ou encore une succession d’objets (ou de mets ici) d’un quotidien qui n’est plus le nôtre depuis le style et l’originalité des plats d’Instagram. Les cornichons, médiocres conserves d’une époque qui célébrait le plastique, les colorants et les arômes artificiels, sont loin de la recette qui les propose beaux et bons, selon nos goûts d’aujourd’hui. Mais ce qui compte c’est le son, les rimes sonores, le rythme basique à quatre temps que tout le monde reprend. Cependant, les bribes d’un petit récit se dessinent : intention de passer un bon moment à manger dans la nature, évocation de la mère nourricière, et mauvais tour de la pluie. L’important est la boucle qui doit ramener au point de départ pour que reprenne la chanson : « les paniers, les bouteilles, les paquets ». Et c’est reparti mais sur un rythme conclusif puisque la dernière strophe reprend  les énumérations, à deux éléments cette fois. 
Les cornichons sont polysémiques : gentille et désuète moquerie, ou accompagnement de la langue de bœuf des mariages à la Annie Ernaux (Les années). 

Marylène Conan
mariconan29@gmail.com
Les Cornichons – 1966On est parti, samedi, dans une grosse voiture
Faire tous ensemble un grand pique-nique dans la nature
En emportant des paniers, des bouteilles, des paquets
Et la radio!Des cornichons
De la moutarde
Du pain, du beurre
Des p’tits oignons
Des confitures
Et des œufs durs
Des cornichonsDu corned-beef
Et des biscottes
Des macarons
Un tire-bouchon
Des petits-beurre
Et de la bière
Des cornichonsOn n’avait rien oublié, c’est maman qui a tout fait
Elle avait travaillé trois jours sans s’arrêter
Pour préparer les paniers, les bouteilles, les paquets
Et la radio!Le poulet froid
La mayonnaise
Le chocolat
Les champignons
Les ouvre-boîtes
Et les tomates
Les cornichonsMais quand on est arrivé, on a trouvé la pluie
C’qu’on avait oublié, c’était les parapluies
On a ramené les paniers, les bouteilles, les paquets
Et la radio!On est rentré
Manger à la maison
Le fromage et les boîtes
Les confitures et les cornichons
La moutarde et le beurre
La mayonnaise et les cornichons
Le poulet, les biscottes
Les œufs durs et puis les cornichons… On est rentré

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