Art, Good Food & Books #5

La poire, le chocolat et la menthe. En cette fin d’été, cette composition est un rafraîchissement de l’esprit et des souvenirs avec les formes, les couleurs et les senteurs
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Corinne Cossé-le Grand
3 septembre 2020
Pear, chocolate and mint. At the end of summer, this composition is a refreshing of the mind and of memories with shapes, colors and scents.
Corinne Cossé-le Grand
September 3, 2020
Poires à la menthe et au chocolat proposées par Anne-Marie Thomas

Ingrédients pour 4 personnes.
Préparation 20 minutes.
Cuisson 15 minutes.
Réfrigération 3h au minimum.
125g de chocolat Nestlé dessert,
4 poires de taille moyenne,
75cl de sirop de menthe verte,
200g de sucre semoule,
2 cuillerées à soupe d’alcool de menthe,
2 citrons. 

Préparez le sirop pour pocher les poires: dans une grande casserole, mélangez le sirop de menthe, l’alcool de menthe, le sucre et le jus des deux citrons, portez à ébullition et remuez pour faire fondre le sucre. 

Epluchez les poires en conservant la queue et plongez les dans le sirop. Laissez cuire 7 à 10 minutes selon leur degré de maturité et leur variété. Piquez les avec une aiguille pour vérifier leur cuisson. 

Laissez refroidir les poires dans le sirop en les recouvrent d’une petite assiette afin qu’elles restent totalement immergées. Placez les au réfrigérateur pendant 3 heures. 

Au moment de servir, faites fondre le chocolat avec 10 cl d’eau, au bain-marie ou au micro-ondes. Versez cette sauce chaude sur les poires froides égouttées et dégustez immédiatement. 

Vous pouvez réutiliser le sirop de menthe pour des boissons fraîches. Mélangez le à de la glace pilée et servez dans des verres givrés.

Ingredients for 4 persons.
Preparation 20 minutes.
Cooking 15 minutes.
Refrigeration 3 hours minimum.
125g of Nestlé dessert chocolate,
4 medium-sized pears,
75cl of spearmint syrup,
200g of caster sugar,
2 tablespoons of mint alcohol,
2 lemons.

Receipe
Prepare the syrup for poaching the pears: in a large saucepan, combine the mint syrup, mint alcohol, sugar and the juice of the two lemons, bring to a boil and stir to melt the sugar. Peel the pears, keeping the tail, and dip them in the syrup. Cook for 7 to 10 minutes depending on their degree of ripeness and variety. Prick them with a needle to check their cooking. Let the pears cool in the syrup by covering them with a small plate so that they remain completely submerged. Place them in the refrigerator for 3 hours. When ready to serve, melt the chocolate with 10 cl of water, in a double boiler or in the microwave. Pour this hot sauce over the drained cold pears and enjoy immediately. You can reuse the mint syrup for cold drinks. Mix it with crushed ice and serve in frosted glasses.
Nicolas de Staël, , Nature morte sur fond gris, 60 x 81,3cm, peint en 1954

La cinquième saison paru en 1983 est le premier roman de Philippe Delerm

Le narrateur oscille entre passé et présent à travers le récit, ou plutôt l’évocation de la disparition de celle qu’il aime. Le texte se déploie par petites touches, sensations, souvenirs, lieux et couleurs. Ce sont ces verts et ces framboises, vifs, sucrés, condensés ou dilués, couleurs des étés lumineux, qui s’imposent aussi, primaires et intenses dans la recette d’Anne-Marie Thomas comme dans la nature morte de Nicolas de Staël. Mais dans les mots de Philippe Delerm, l’eau emporte le souvenir et la couleur comme le passé désormais diffracté dans des éclats de lumière en mouvement, insaisissables. 

« A la terrasse des cafés de Rouen tu n’as bu que des menthes à l’eau, cette année-là. Il faisait chaud, le temps passait. On t’apportait une boisson vert sombre et des volutes de sirop s’alanguissaient. Nous parlions peu, pour nous moquer des gens, pour nous moquer de nous. Tu ajoutais de l’eau, ton verre passait lentement par des nuances de vert tendre (…) A la brasserie Paul, le vert profond s’effaçait peu à peu. Quand l’eau se faisait transparente, nous partions. J’ai bu l’eau de ces jours au secret de ton verre, la menthe forte de l’été, ce goût de sucre et d’eau qui peu à peu s’efface. Tu es partie framboise, menthe à l’eau, je t’ai gardée comme une soif, de terrasses en terrasses, parmi les tables blanches et les robes d’été. »

Dans ce passage le narrateur se laisse aller au présent et même au futur qui conjure la disparition; ne reste alors qu’un temps aux contours indéfinis, un temps au parfum de chocolat pour conjurer celui qui passe et emporte les voix chères. 
« Les mots seront étroits, quand tu auras passé dans cette maison blanche … A Saint-Rémy, pourtant je sais les journaux frais, les tasses entrechoquées quand je passe au café des Arts. Tu dors encore et tu m’attends, dans l’ombre des Alpilles. Tu n’as pas d’âge et chaque soir tu prends la route blanche qui descend. Pendant ce temps, j’écris un roman léger où rien ne compte, et surtout pas l’histoire, peut-être un peu l’odeur du chocolat amer … »

Un été pour mémoire. 1985

Dans un autre récit autobiographique publié deux ans plus tard, le narrateur, orphelin de sa grand-mère, vient de quitter son refuge d’enfance et d’été. Là aussi, les couleurs s’imposent: la lumière vive joue avec les roses, les framboises et les verts crus. Le temps n’a plus de sens comme sur le tableau, non pas nature morte, mais « still live », « toujours vivant ». Le jardin a pris possession de sa grand-mère, ou bien le contraire. Le fantôme léger est devenu fruits, feuilles et branches, désormais éternelle présence impalpable, lumière miroitante et liquide. 

« Grand-mère avait abandonné un merveilleux dernier jardin d’été, rose pâle, sucré, et d’un rouge aigrelet dans les buissons plein du plaisir acide des groseilles, du pelucheux velours des framboises empoussiérées. Vert sombre, feuilles veloutées ; entre framboises et cerisiers l’arceau rouillé de la glycine. Les allées minuscules jour après jour gagnées d’herbe sauvage, passages étouffés d’autrefois. Grand-mère aurait aimé finir ainsi dans l’herbe folle et le silence, tout près de la saveur des fruits, couleur des jours à peine tamisée, voilée de branches, et dans la paix de cet oubli des taches de lumière. »

Marylène Conan
mariconan29@gmail.com

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