Art & Good Food devient Art, Good Food & Books

          A travers Carrousel, l’art en mouvement, Corinne m’a ouvert des portes sur l’art aujourd’hui.  Je me suis promenée dans ses propositions, parfois je reconnaissais un artiste et partageais son enthousiasme mais le plus souvent je découvrais, profitais des liens proposés et pénétrais dans un univers d’infinis possibles.  Puis l’entrée aux Musée fut interdite et elle dut inventer un autre chemin. Comme beaucoup d’entre nous, elle s’est retrouvée dans sa cuisine (à la vue inspirante il faut préciser), cela a donné : Un plat, une oeuvre : la mise en écho d’une recette, de sa photo, et de l’œuvre d’un artiste. Finalement tout se lie, se lit, et se rejoint, cette découverte et nos discussions … les textes, l’art, la gourmandise. Je me souviens d’un très bon moment passé dans la cuisine de Madame de Sévigné, à préparer le medianoche, d’un autre à admirer les faïences de Bernard Pallissy, et encore, d’une après-midi à admirer les abricots de Lubin Baugin dans leur plat à godrons. Alors on s’aperçoit que les mots redoublent (ou annoncent) le plaisir. Lire, regarder, goûter, se souvenir des images et des sensations, et puis parler.  Pour moi cela a commencé par l’amour des natures mortes du 17 et 18ème siècle, Vanités, certes, mais qui, en fait, me parlaient d’abondance et de plaisirs bien terrestres. Ce n’était pas le goût ni la nécessité de l’au-delà qu’elles soulignaient, mais la beauté de la terre, de ses fruits et de ses fleurs. Et puis les friandises, le gibier, la vaisselle d’argent, de vermeil, les compotiers et les nappes blanches. A ces images se mêlaient les grappes de raisins de la serre de mon grand-père, et ses poires fondantes. Je ne savais plus ce qui avait provoqué l’émerveillement, des natures mortes aux fruits du jardin ou l’inverse. En tout cas, j’ai longtemps cheminé ainsi dans la peinture, les jardins, les mots et la cuisine. Tout naturellement le parfum des gâteaux encore tièdes, puis le grillé du poulet rôti du dimanche, la soupe de légumes, la terre et l’humus respirés sur le premier cèpe de l’automne m’ont menée chez Colette. Comme un univers rassurant, naturellement beau. Je ne pouvais ignorer complètement « l’art contemporain » mais ce que je voyais, çà et là, me déstabilisait, me forçait à sortir de ce cocon où tout était un peu lisse, où la beauté soignait la vie. Mais je savais bien, par ailleurs, que l’art du 20ème siècle affrontait la barbarie. Et j’ai eu mon premier grand choc d’art contemporain : l’installation de  Christian Boltanski : des numéros sur des casiers identiques, des monceaux de vêtements arrachés à des hommes et femmes qui n’avaient plus de nom. Et le silence. Les mots n’avaient plus de sens, les pommes cuites et les madeleines étaient indécentes ou simplement dérisoires. Et ça c’était aussi de l’art, qui avait quelque chose à me dire, sans paroles. Bien sûr, il y eut d’autres confrontations, de toutes sortes, parfois gaies, drôles, astucieuses, originales, jubilatoires, parfois dérangeantes. Au fond, dans ce domaine, j’aimais surtout les « discours autour », la démarche de l’auteur, l’œuvre en tant qu’aboutissement d’une pensée, d’une recherche. Parfois le discours seulement, et pas l’œuvre. Pourtant, J’aimais toujours les faisans avec leurs plumes sur des plats d’argent et, dans le jardin, les reflets ensoleillés sur les grappes de raisins et les pommes mais je comprenais que mon grand-père, silencieux et solitaire, depuis ses cinq ans passés au Stalag, y trouvait un refuge vital, il ignorait le mot « résilience » mais c’était cela. La vie est comme elle vient : brutale, belle, douce, joyeuse, violente, inattendue, horrible, sublime, absurde. C’est nous qui faisons les liens, donnons ou créons le sens en la racontant, la dessinant, la mettant en scène, essayant d’y mettre un peu d’ordre, inventant une logique ou des formes, ou laissant parler le chaos. C’est peut-être aussi un peu ça l’art, célébration et consolation. Donc, me voilà embarquée dans la belle aventure de Corinne. En regard des œuvres et des recettes, il y aura des textes, extraits littéraires qui pourront nous inspirer, nous étonner, nous émouvoir ou nous amuser. Les images, les mots et les mets se répondront, tout comme les souvenirs et les découvertes.

 Marylène Conan
mariconan29@gmail.com

Juin 2020

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