Art, Good Food & Books #41

Complètement baroques 
 Une poêlée onctueuse de coquilles Saint Jacques aux contours exubérants.

Une pluie de dattes de Yohan Creten, née de la vision qu’il eut, malade au Mexique, de palmiers dattiers et de leurs fruits, semblables aux glandes enflées qui contaminaient sa peau, troublant sa tranquillité. Les dattes et les abcès sont si semblables que l’artiste confondra ces corps étrangers. Une vision hallucinatoire, induite par la fièvre.

Des petits pas en petite culotte pour Alix de Saint André, pèlerine sur les chemins de Compostelle. 

Corinne Cossé-le Grand
info@carrousel-art.com
Instagram: @carrousel_art

Coquilles Saint Jacques sur lit d’épinards et lentilles béluga 
Ingrédients pour 4 personnes
400 grs de noix de saint-jacques
fleur de selpoivre du moulin
4 cs d’olive
3 oignons nouveaux
200 grs de lentilles noires (beluga)
100 grs d’épinards en branches
2 cs d’huile de noix
Saler et poivrer les noix de saint-jacques.
Ajouter un peu d’huile d’olive, mélanger et mettre de côté.
Tailler les oignons en rouelles.
Faire cuire env. 20 min les lentilles dans de l’eau.
Ajouter les oignons et les épinards.
Egoutter le tout et remettre dans la casserole.
Relever de sel et de poivre.
Couvrir et réserver.
Dans une poêle antiadhésive, saisir les noix de saint-jacques 1-2 min de chaque côté dans le reste de l’huile.
Dresser les lentilles avec les saint-jacques.
Arroser de l’huile de noix et servir.
Johan Creten, Why does Strange Fruit always looks so Sweet, Bronze, fonte à la cire perdue, partiellement doré, 305 x 114.5 x 102 cm Galerie Perrotin
Yohan Creten: https://youtu.be/AdVoYDqAoiA

En avant route. 2010. Alix de Saint-André

Ecrivain et journaliste, Alix de Saint-André a fait trois fois le fameux chemin de Compostelle, deux tronçons d’abord, puis de chez elle comme il se doit, et jusqu’au bout.

Premier voyage, départ de Saint-Jean-Pied-de-Port. Deuxième jour : 

« A l’aube, il ne pleut plus. Mais c’est récent, il a dû pleuvoir toute la nuit, et le linge que j’avais soigneusement étendu en plein vent est trempé d’une eau bien glacée de montagne. Je suspends mes chaussettes à mon sac à dos, de chaque côté de la coquille Saint-Jacques, pour qu’elles sèchent en se balançant. Au vrai chic parisien. 

Allegro andando. C’est très allégrant de marcher tôt le matin et seule. En suivant les flèches jaunes. Et en ouvrant les petites barrières en bois qui séparent les champs, comme si cette campagne espagnole était le vaste salon d’un immense palais en plein air. Ma technique d’Ave Maria pour rythmer la marche s’est mise en place sans difficulté, et j’ai l’impression de dérouler de longs phylactères de prières derrière moi, qui flottent en drapeaux blancs aux branches des arbres comme si j’étais un personnage de fresque, ou de bande dessinée. (…)

La douleur met un peu moins d’une heure à revenir. Elle s’installe chez elle : jambes, hanches, épaules. J’essaie de la calmer avec de l’aspirine et des vitamines. Elle se tait dès que je m’assieds et que je pose mon sac. C’est radical, est-ce ça va être tout le temps comme ça ?  Les autres vont très vite, on dirait qu’ils courent. C’est curieux ce rythme ; ce n’est pas le pas lent de la promenade et de la flânerie, ni vraiment le pas gymnastique du sport ou de l’armée. C’est un petit pas élastique de gens qui vont quelque part ; ils ont un rendez-vous et n’ont pas de temps à perdre. D’ailleurs ils connaissent tous le nom de l’étape suivante, que je n’arrive pas à retenir.  (…)

Quelques jours plus tard : 

La messe apéritive à la soupe, attire plus de monde que d’habitude. Il faut dire qu’en dehors du bistrot qui menace fermeture, il n’y a absolument rien à voir ni à faire dans le secteur. Sauf peut-être grimper aux arbres, pour qui aurait un peu l’âme préhistorique et ne craindrait pas les fractures. Le très vieux curé, en l’honneur de Santiago, célèbre avec amour les ampoules et les crampes du pèlerin, cet être étrange qui au lieu d’aller à la mer, vient attraper toutes sortes de maux en marchant. 

Troisième voyage, depuis les bords de Loire. 

J’avais trouvé donc un poncho long de luxe rouge dans une matière respirable, avec une fermeture éclair courant tout du long, sous un rabat, et qui permettait l’ouverture pour aération. Il n’était pas trop long pour ne pas me prendre les pieds dedans et rouge vif dans la mesure où quand il pleuvait, ce n’était déjà pas gai, donc pas la peine d’en rajouter avec des couleurs sombres. Un jour un poète randonneur écrira une ode aux tissus synthétique : légers dans le sac, infroissables et séchant vite ! Seule exception : la petite culotte en coton. Quand on marche, rien ne remplace ce confort, grande, la petite culotte, une taille au-dessus. Car comme le savent les pédopsychiatres, quand on marche, les pieds gonflent et les élastiques frottent. » 

J’aime la marche et j’ai longtemps projeté de me lancer sur Le Camino, avec ou sans coquille mais exclusivement sur mon sac-à-dos car la frugalité sied à ce parcours. Pourtant, faute de temps, de compagnie adéquate ou simple paresse, je ne l’ai jamais fait, même pas les dix premiers kilomètres. En revanche, je suis une adepte des récits de voyage, particulièrement à pied. Alanguie sur mon canapé ou bien tranquille sous mon noisetier, je savoure chaque pas, chaque sentier, chaque paysage parcourus par mes écrivains préférés. Aussi les récits de Saint-Jacques n’ont, hélas, plus de secrets pour moi (j’en aimerais de nouveaux, je ne m’en lasse pas).  

Alix de Saint-André y va bravement, apparemment sans trop de préparation physique, elle continue de fumer, de goûter le vin assez souvent aussi. On a envie de cheminer à ses côtés, ce serait tonique, franc, sans manières. De toute façon il semblerait qu’on ne puisse frimer bien longtemps. Les jolis sentiers bordés d’aubépines se muent vite en détrempe froide et boueuse et la coquetterie ne résiste ni à la fatigue, ni à la météo, ni au confort qui est vite la première quête de tout pèlerin qui tient à le rester plus de trois jours. C’est pourquoi ce récit insiste particulièrement sur les conditions matérielles, quotidiennes et incontournables du marcheur. Son style évolue avec beaucoup de souplesse entre les considérations de ces détails essentiels et le romantisme, légèrement distancié, procuré par la contemplation d’un très beau paysage au petit matin, par exemple. Mais, très vite, le sentiment poétique qui l’anime alors se heurte à nouveau à une réalité qui donne des ampoules. 

Et puis, il y a les autres. Alix est partie seule, mais elle fait des rencontres, se fait vite des amis.  Et s’il est de règle de ne pas parler de son origine sociale ou professionnelle, car sur le chemin tout le monde avance sur un pied d’égalité, des manies, des goûts, de petites ou grandes faiblesses se révèlent qui dessinent des personnalités. L’ironie rend plus légers certains petits compromis avec l’esprit de la marche ou de la camaraderie. Et la plume se fait tendre et même émouvante quand surgissent les confidences, les souvenirs, et surtout le cheminement intérieur qui accompagne celui du corps. 


Le Chemin d’Alix de Saint-André me met toujours de bonne humeur, me fait rire, sourirem’attendrit, me secoue, me déculpabilise, me fait dire que l’année prochaine … tout de même… à moins que celui de Stevenson … moins austère, pas de dortoir et donc de ronflements, de jolies maisons d’hôtes pour soigner nos pieds et les mettre sous la table.  


Marylène Conan
mariconan29@gmail.com
Instagram: @conanconan2935

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