Art, Good & Books #40

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La tarte du jour est tendre et généreuse. Elle est toute en plis comme ceux d’une céramique en préparation agrémentée du crémeux du tartare, des mouvements involontaires de l’émincé de courgettes, des oignons roses et du thon. La voilà toute chiffonnée mais forte de saveurs. 
Elle a évoqué, pour Edwige, Ma vie de Courgette, film d’animation de Claude Barras et la scénariste Céline Sciamma. Par rebond, Marylène nous présente, Autobiographie d’une Courgette, le roman de Gilles Paris, édité chez Plon en 2002, qui sera adapté en 2016.

25 avril 2021 
Corinne Cossé-le Grand
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Tarte express aux courgettes et au thon de Jo Hérent
Ingrédients pour 4 personnes
Une pâte feuilletée bio 
Une boite de thon au naturel
 Une cuillérée à soupe de moutarde 
Une courgette émincée 
Trois carrés de fromage tartare 
Une moitié d’oignon rouge émincé 
Un demi pot de crème allégée  

Recette 
Étaler la pâte 
La tartiner de moutarde
Émietter grossièrement le thon 
Émincer la courgette 
Poser des morceaux de tartare  
Émincer l’oignon 
Ajouter la crème, un peu de poivre et des brins de persil.
Faire cuire au four à 180° pendant une demi heure 

C’est parfait le soir avec une petite salade mélangée !
Film d’animation en volume helvetico-français réalisé en 2016 par Claude Barras et scénariste par Céline Sciamma, présenté à la quinzaine des Réalisateurs en 2016,  66mn. Il s’agit d’une libre adaptation du roman « Autobiographie d’une courgette » de Gilles Paris.

Le film nous raconte une tranche de la vie de Courgette. Icare ? Non, Courgette. A la mort de sa mère, dont il a hérité de ce surnom, le petit garçon s’accroche à cette drôle d’appellation. Planté dans un centre d’accueil avec d’autres enfants sans parents, Courgette grandit au gré d’un ciel ensoleillé, pluvieux et parfois orageux, que les visites d’un inspecteur gentil et un peu bourru ponctuent d’un peu de la tendresse dont toutes les Courgette ont besoin pour grandir.

Edwige de Montalembert
edwigedem@hotmail.com
Instagram: @edwigedemontalembert
Édition  Flammarion, 2013

Gilles Paris. Autobiographie d’une courgette. 2001

« Depuis tout petit, je veux tuer le ciel à cause de maman qui dit souvent :- Le ciel, ma Courgette,  c’est grand pour nous rappeler qu’on n’est pas grand-chose dessous. – la vie, ça ressemble en pire à tout ce gris du ciel avec ces saloperies de nuages qui pissent que du malheur. – Tous les hommes ont la tête dans les nuages. Qu’ils y restent donc, comme ton abruti de père qui est parti faire le tour du monde avec une poule.Dès fois, maman dit n’importe quoi. J’étais trop petit quand mon papa est parti, mais je vois pas pourquoi il aurait emmené une poule du voisin pour faire le tour du monde avec.  ( … ) Et c’est pas sa faute si maman raconte des bêtises pareilles. C’est à cause de toutes ces bières qu’elle boit en regardant la télé. Et elle râle après le ciel et elle me tape dessus alors que j’ai même pas fait de bêtises. Et je finis par me dire que le ciel et les coups ça va ensemble. » Courgette trouve un révolver dans le grenier, tire accidentellement sur sa maman et se retrouve en foyer. « Madame Colette, la psychologue, me montre des dessins et je dois dire à quoi ça me fait penser, ou elle me donne de la pâte à modeler et je fais ce que je veux avec. Dans son bureau il y a aussi des crayons à couleurs et je peux dessiner si je m’embête et une fois j’essaie de dessiner un théâtre à marionnettes. Je montre mon dessin à Madame Colette qui dit « intéressant » et je vois pas ce qu’elle trouve d’intéressant vu que je l’ai raté son théâtre (…)Quand elle me montre des dessins à l’encre noire, je dis ce qui me passe par la tête :- C’est un mort-vivant qui joue de la trompette. – C’est une vache qui mange un singe. C’est le révolver du tueur des femmes blondes. Elle dit : Et d’où il vient le révolver ? Et je réponds : ben, du journal télévisé. »  Dans ce texte il n’est pas question de la saveur de la courgette mais de la vie d’un petit garçon dans la lignée de « L’enfant » de Jules Vallès, ou de « Le petit Nicolas » parfois, pour le ton.Un enfant maltraité et recueilli dans un foyer après avoir blessé sa mère, nous raconte sa vie. Il a voulu « tirer sur le ciel », responsable, selon cette dernière, de ses malheurs comme de son alcoolisme.  Celle-ci a parfois, malgré tout,  des gestes et des mots affectueux envers son fils qu’elle appelle « ma courgette ». Quant à « la poule » du père, quelle absurdité !      Du haut de ses 9 ans, Icare essaie de comprendre le monde et sa vie cabossée, avec son langage, sa vision du comportement des adultes. Toute la subtilité de l’écriture est là : l’auteur laisse parler, fait parler son personnage et celui-ci nous livre des épisodes de sa jeune vie, déjà si pleine de blessures et de cahots. Le récit oscille entre les pensées de Courgette, les dialogues, et la narration au présent, un peu comme un journal. Au foyer, désormais centre de la vie du jeune garçon, vivent, se croisent, se parlent  et s’agressent de temps en temps, tous les petits pensionnaires avec lesquels, désormais il va falloir vivre. Au cours des échanges quotidiens, chacun livre un peu des raisons (des malheurs) qui l’ont conduit là. Et puis il y a les adultes, Madame Papineau la directrice, Rosy l’éducatrice qui aime tous ces enfants comme s’ils étaient les siens, le chauffeur, la psychologue, l’instituteur qui réussit à leur donner le goût d’apprendre et de regarder la beauté du monde … Raymond, le gendarme tendre qui s’est attaché à Courgette, vient le voir le dimanche, et prendra de plus en plus de place dans sa vie. Les enfants comparaissent aussi devant le juge car il faut éclaircir leur situation, comprendre ce qu’ils ont vécu, trouver pour eux la meilleure solution pour l’avenir, le foyer ne pouvant être qu’une étape. On apprend donc des bribes de leur passé racontées sans normes, sans références, avec leur logique, leur vocabulaire. Les drames, la brutalité étaient simplement leur quotidien. « – Elle est où ta maman ? – Maman est au ciel avec ses bières et une harpe.- Et toi ? – Là où papa l’a poussée; au fond de l’eau. » Ainsi avance le récit entre la cruauté d’adultes perdus dans leurs défaillances ou leur abrutissement, et des moments de grâce et d’espoir quand ceux qui s’occupent désormais de ces petits réussissent à leur donner un peu de  tendresse et de sentiment de sécurité, fût-ce éphémère. C’est toujours ça de gagné sur la souffrance.

Marylène Conan
mariconan29@gmail.com
Instagram: conanconan2935

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