Art, Good Food & Books #39

D’un leitmotiv de motifs à une mélodie de mots et de sons.

Une rosace de neuf filets de rougets sur un lit de fenouils rôtis offre un appétissant prélude pour un jeu de motifs. 

Depuis les années 1970, Claude Viallat répète à l’envie un motif abstrait, une sorte d’osselet devenu sa signature, sur des bâches industrielles de récupération.

Depuis Sur l’eau, l’un des Récits de voyage de Guy de Maupassant, Marylène compose un texte vif et mouvant.
Et tout en lisant ses lignes je vous invite à écouter * Melodien, pièce de György Ligeti (1923-2006) compositeur de citoyenneté hongroise naturalisé autrichien.

https://youtu.be/tFkWggak1h8

9 avril 2021Corinne Cossé-le Grand
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Instagram: @carrousel_art

Tarte aux rougets et fenouils rôtis proposée par Claire Lore

Ingrédients pour 4 personnes

Pâte

  • 150 gr de farine d’épeautre
  • 75 gr de beurre salé
  • 1 filet d’eau

Garniture

  • 50 gr de fromage frais (type Philadelphia)
  • 400 gr de fenouil
  • Thym frais
  • Huile d’olive
  • 3 filets de rougets désarêtés
  • Fleur de sel, poivre du moulin

Recette
Préparer la pâte à tarte en pétrissant la farine et le beurre. Ajouter un filet d’eau en fonction de la consistance de la pâte. Former une boule.
Filmer la boule de pâte pour qu’elle ne sèche pas et laisser reposer 30 mn au frais.
Préchauffer le four à 170°.
Passer le fenouil sous l’eau claire, le débarrasser de ces grosses tiges et tailler le bulbe en lamelles régulières. Répartir sur une plaque de four recouverte de papier cuisson, arroser légèrement d’huile d’olive, assaisonner de thym frais, de sel fin et de poivre du moulin. Enfourner à 170°.
Abaisser la pâte à l’aide d’un rouleau à pâtisserie sur un plan de travail fariné. La déposer sur une plaque de four farinée et enfourner pendant 20mn à 170°.
À la sortie du four, tartiner délicatement à la spatule du fromage frais sur la pâte, répartir harmonieusement le fenouil rôti sur la surface. Sur le dessus, placer les filets de rouget taillés en biseau.
Ajouter un léger filet d’huile d’olive et enfourner l’ensemble pour 7mn.
Ajouter de la fleur de sel et du poivre en fin de cuisson.

Conseil d’Hildegarde: « Le fenouil contient une douce chaleur et sa nature n’est ni sèche, ni froide. Mangé cru, il ne fait pas de mal à l’homme. Et de quelque façon qu’on le mange, il rend le coeur joyeux; il procure à l’homme une douce chaleur, une bonne sueur et assure une bonne digestion. Sa graine est également de nature chaude et ell est bonne à la santé de l’homme si on l’ajoute à d’autres plantes dans les médicaments. Celui qui mange du fenouil  ou de sa graine chaque jour à jeun diminue le flegme et s’assure une bonne vue grâce à sa bonne chaleur et à ses bonnes propriétés. »

Claude Viallat (né en 1936) Sans titre, Acrylique sur toile de parasol, diamètre 217 cm, 1990.
https://youtu.be/sbFuVkeUctA
Sur l’eau, Guy de Maupassant, 1888.
Les deux hommes étaient accroupis dans cette sorte de niche basse que le mât traverse pour venir s’emmancher dans la carlingue, dans cette niche si pleine d’objets divers et bizarres qu’on dirait un repère de maraudeurs où l’on voit suspendus en ordre, le long des cloisons des instruments de toute sorte, scies, haches, épissoires, des agrès et des casseroles, puis, sur le sol, entre les deux couchettes, un  seau, un fourneau, un baril dont les cercles de cuivre luisent…. Et mes matelots travaillaient à amorcer les innombrables hameçons suspendus le long de la corde des palangres.    – À quelle heure faudra-t-il me lever ? 
– Mais, tout de suite monsieur.Une demi-heure plus tard nous embarquions tous les trois dans le youyou et nous abandonnions le Bel-Ami pour aller tendre notre filet au pied du Dramont, près de l’île d’Or.Puis quand notre palangre, longue de deux à trois cents mètres, fut descendue au fond de la mer on amorça trois petites lignes de fond, et, le canot ayant mouillé une pierre au bout d’une corde, nous commençâmes à pêcher. Il faisait jour déjà, et j’apercevais très bien la côte de Saint-Raphaël, auprès des bouches de ‘Argens, et les sombres montagnes des Maures, courant jusqu’au cap Camarat, là-bas, en pleine mer, au-delà du golfe de Saint-Tropez. De toute la côte du Midi, c’est ce coin que j’aime le plus. Je l’aime comme si j’y étais né, comme si j’y avais grandi, parce qu’il est sauvage et coloré, que le Parisien, l’Anglais, l’Américain, l’homme du monde et le rastaquouère ne l’ont pas encore empoisonné. Soudain le fil que je tenais à la main vibra, je tressaillis, puis rien, puis une secousse légère serra la corde enroulée à mon doigt, puis une autre plus forte remua ma main et, le cœur battant, je me mis à tirer la ligne, doucement, ardemment, plongeant mon regard dans l’eau transparente et bleue, et bientôt j’aperçus, sous l’ombre du bateau, un éclair blanc qui décrivait des courbes rapides.Il me parut énorme ainsi ce poisson, gros comme une sardine quand il fut à bord. Puis j’en eus d’autres, des bleus, des rouges, des jaunes et des verts, luisants, argentés, tigrés, dorés, mouchetés, tachetés, ces jolis poissons de roche de la Méditerranée si variés, si colorés, qui semblent peints pour plaire aux yeux, puis des rascasses hérissées de dards et des murènes, ces monstres hideux.  Maupassant est souvent associé à la Normandie parce qu’il a beaucoup écrit sur sa région natale et que ses nouvelles sont encore très lues, mais on oublie qu’il a voyagé autour de la Méditerranée, en Italie, en Afrique du Nord, en Sicile, et en Corse bien sûr. Et ce sont ses séjours réguliers sur la côte d’Azur, entre 1881 et 1887, à bord de son yacht, « Bel-Ami » qui vont inspirer le recueil intitulé « Sur l’eau ». Spécialiste des nouvelles et courts romans, il pratique aussi le genre du journal de bord ou notes de voyage,  à l’instar de Stendhal qui inaugura ce type d’écriture sur l’Italie. Pas d’histoire suivie, mais une suite d’anecdotes, de brefs récits, de réflexions, d’impressions et  de sensations éprouvées au fil de l’eau. En somme, j’ai vu de l’eau, du soleil, des nuages et des roches-je ne puis raconter autre chose- et j’ai pensé simplement comme on pense quand le flot vous berce, vous engourdit et vous promène. Préface de « Sur l’eau » Il faut tenter de s’imaginer ces paysages à la fin du 19ème siècle, se défaire des images contemporaines d’une côte en grande partie défigurée par le tourisme incontrôlé et la vulgarité des constructions balnéaires. Regardons plutôt ce que nous montre Maupassant, un lieu « sauvage et coloré ».Je lui laisse la responsabilité de « rastaquouère » très politiquement incorrect aujourd’hui, mais si drôle par ses sonorités désuètes. Il a déjà conscience ou prescience de ce qui pourrait arriver à ces paysages intacts, tout en ignorant l’ampleur du désastre à venir.  Son regard est celui d’un écrivain exercé qui cherche à nommer ce qui l’entoure, ainsi la cabine que l’hétéroclisme et la précision descriptive rendent mystérieuse comme un antre mythologique. On est en Méditerranée où les dieux sont partout, ne pas l’oublier, et peut-être se jouent-ils d’un marin du dimanche comme l’auteur en lui faisant prendre une sardine pour une baleine. Alors le pêcheur cesse de se rêver en capitaine Achab et se contente de nommer les poissons par leur couleur, ils deviennent juste les éclats d’un tableau vif et mouvant, presqu’une abstraction miroitant entre le soleil et l’eau. On peut lire aussi ce passage comme un des derniers moments de grâce vécus par Maupassant déjà atteint d’un mal qui va lui valoir de terribles souffrances psychologiques et physiques avant de le tuer dans sa quarante troisième année. Il y a des antécédents familiaux concernant la folie mais la syphilis, contractée très tôt, est très probablement la cause de sa déchéance.  Pour le moment, préservé d’épouvantables migraines et hallucinations, peut-être préfigurées par les « monstres hideux »,  et avant  de ne plus jamais sortir de la célèbre clinique du docteur Blanche, il se fond  tout entier dans  le miroitement et le mouvement. Poissons, couleurs, lumières, dans la transparence de l’ eau , enchantements irisés tourbillonnant dans les reflets scintillants et l’emportant dans une pure harmonie méditerranéenne.  La brillance et les couleurs l’impressionnent et le ravissent au sens propre et  peut-être subsistera-t-il, malgré tout, dans la mémoire de son corps, quelque chose de ce bonheur marin. 

Marylène Conan
mariconan29@gmail.com
Instagram @conanconan2935

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