Art, Good Food & Books #38

Avez vous la banane ?

Pour un plat péruvien, pour un chant populaire européen, pour un photographe américain découvrant Cuba…la jolie banane (qu’elle soit unique ou en régime) est depuis des millénaires un symbole puissant de vie.

21 mars 2021
 Corinne Cossé-le Grand
info@carrousel-art.com
Instagram: @carrousel_art
Patacones con salsa, recette péruvienne proposée par Lucia Camere
Ingrédients pour 2 personnes 
3 bananes plantain vertes
1 bouquet de coriandre 
Huile d’olive (au goût)
Sel et piment

Pour la sauce
4 oignons rouge coupés finement
1 tomate fraîche coupée en petits cubes
2 cuillérées de poivrons rouge coupés en petits cubes 
Couper tous les ingrédients en petits cubes, les mélanger ensemble et les arroser de citron.
Cette préparation accompagnera les bananes.

Recette
Sur une planche, découper les extrêmités des 3 bananes.
Retirez la peau et les couper en grosses rondelles.
Dans une casserole, faites revenir les rondelles avec beaucoup d’huile pendant 5 mn. Retirer les rondelles frites et les poser sur un papier pour absorber l’excédent d’huile. Presser les rondelles de bananes avec un rouleau à pâtisserie et remettre à frire jusqu’à ce qu’elles deviennent croustillantes. 
On peut enfin ajouter du sel et du piment comme touche finale ! 
Andres Serrano, Cuba, 2013, photography 
« Je voulais conquérir, découvrir et embrasser Cuba qui est devenu ma maison, mon atelier, ma famille et ma muse. Cuba m’a inspiré et m’a interpellé d’une manière que je n’aurai pu me douter. J’ai attendu toute une vie pour voir Cuba et maintenant je veux tout voir de ce pays. »                                                                                     
A. Serrano
https://youtu.be/8tbhyXPkgo8

Juanita Banana chanson de Tash Howard et Murray Kenton, interprétée par Henri Salvador, 1966

https://youtu.be/NiVLTF-_0yQ

Dans un village de La Havane vivait la jolie Juanita
Comme son père plantait des bananes on l’appelait Juanita banana
Elle avait une voix magnifique et rêvait d’chanter à l’opéra
Mais son père qui n’pigeait rien à la musique disait « ma fille a une drôle de voix »

Ah, ah, ah, ah ah ah ah
Ah, aha, ah ah ah ah
Ah, ah, ah, ah ah ah ah
Ah, aha, ah ah ah ah
Juanita banana
Juanita banana
Juanita banana
Juanita banana
Ah, ah, ah, ah ah ah ah
Ah, aha, ah ah ah ah
Ah, ah, ah, ah ah ah ah
Ah, aha, ah ah ah ah

Un jour elle partit en cachette et prit le train pour Cuba
Deux mois après elle était vedette, la grande diva de l’opéra
Quand on lui dit qu’avec une voix pareille, sa fille gagnait des millions
Le père courut au village s’acheta une guitare d’occasion en criant
Ah… » 

Le refrain est tiré d’un air de bel canto Caro Nome (ou « air de Gilda »), extrait de Rigoletto de Giuseppe Verdi (acte I, scène 2). 

On a tous ri, il y a très longtemps, en entendant Henri Salvador bramer ce texte, et je me souviens de ses longues nattes qui se dressaient en rythme sur l’écran de télévision. Bien plus tard, en écoutant « Rigoletto », j’ai reconnu cet air. Beaucoup de morceaux classiques ont ainsi été utilisés en variété ou en publicité, parfois avec bonheur comme cet extrait de la « Suite pour Violoncelle » de Bach, soulignant l’idée du temps qui passe dans un clip de quelques minutes : l’enfance, la jeunesse, la vieillesse. Tous les ingrédients du lyrisme romantique, et universel, une publicité pour une assurance, pas très réussie puisqu’il nous reste en mémoire une impression de mélancolie plutôt que le nom de la compagnie.
Quant à l’air de Juanita, c’est sa fonction de marqueur social qui intéresse dans le film d’ Agnès Jaoui : « Le goût des autres » (2000). Une comédie sur les clichés de la distinction sociale. Au fond, une formidable illustration de la pensée du sociologue Pierre Bourdieu.Jean-Pierre Bacri y joue un chef d’entreprise, autodidacte, qui prend des cours d’anglais pour élargir son marché. Sa professeur, Clara, est une comédienne, entourée d’amis artistes et cultivés qui pensent appartenir à une certaine élite. Ils tirent parfois le diable par la queue, mais ils ont le capital culturel. Castella, très attiré par la jeune femme, commence à les fréquenter. Mais il n’a pas les codes. Ne comprenant ni leurs allusions ni leurs références, il devient le lourdaud dont on peut profiter sans vergogne. Un jour, toujours un peu en marge, comme celui qui est là, sans vraiment y avoir été invité, il prend un café en compagnie du groupe. Chacun y va de sa petite phrase sur telle ou telle mise en scène au théâtre, au cinéma, telle expo en vue. Et voilà qu’on entend l’extrait de Rigoletto. Alors, gros plan sur Bacri, tout content, qui, se sentant enfin en pays connu, enfin autorisé à participer, s’écrie : « Ah ! Juanita banana ! ».La caméra se focalise alors sur les regards complices, navrés, condescendants, humiliants, de l’assemblée. Il se rend compte de sa bévue. Il n’y a rien à faire, il ne faisait déjà pas illusion, mais à présent, c’est fini, il est définitivement le bouffon. Rien à faire ? Sinon se révolter et les renvoyer à leur conformisme. Aussi, lorsque Clara, compatissante, lui dit que ses amis l’ont abusé en lui vendant très très cher une œuvre d’art contemporain, il lui demande si elle le croit vraiment incapable d’être ému par cette peinture. Alors, il est Bacri, et il nous fait rire et nous attendrit avec son jeu sans concession, son bon sens bougon, sa simplicité. Il était le meilleur pour jouer ainsi avec les préjugés, il a inversé les rôles, le ridicule n’est pas là où on croit.

Marylène Conan
mariconan29@gmail.com
Instagram: Conanconan2935

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