Art, Good Food & Books #37

Fleurs et saveurs vagabondes

Un bouquet de fleurs généreuses et comestibles. Une salade s’en suit qui rejoint l’univers d’Hervé Di Rosa et sa vitalité d’oeuvres modestes du Mexique.
Marylène choisit, par contraste, les saveurs vagabondes de Frances Mayes dans le calme des jardins écossais du nord.

7 mars 2021
Corinne Cossé-le Grand
info@carrousel-art.com
Instagram: @carrousel_art
Bouquet de fleurs comestibles offert par Lucie de la Héronnière @lucie.dlh @supersuperette et Guillaume Langlais @guillaume_strd depuis FLEURIVORE : http://www.fleurivore.com/

Recommandations:
– consommer son bouquet par petites touches dès son 1er jour ou intégralement quand il commence à être fatigué (+/- 6 jours) sans pour autant attendre qu’il soit fané,
– rincer brièvement les fleurs avant de les consommer,
1ère dégustation de fleurs comestibles:consommer d’abord en petites quantités pour – vérifier que vous n’y êtes pas allergiques,
– si vous êtes allergiques au pollen:retirer les pistils et les étamines avant consommation,
– ne mangez que les parties précisées sur les fiches,
– ne pas consommer si contre indication.
Salade composée au muflier, avec endives, noix, citrons, raisins secs à partir d’un bouquet de fleurs comestibles 

Ingrédients pour deux personnes 
1 tige de muflier 
1 endive 
1 poignée de cerneaux de noix 
1 cuillérée à soupe de raisins secs  
1 pomme

Recette
Rincer puis séparer les fleurs de muflier des tiges. 
Couper la pomme et les endives en petits morceaux.
Mettre le tout dans un saladier puis parsemer de raisins secs et cerneaux de noix.
Dresser avec votre vinaigrette habituelle.
Hervé Di Rosa, Recuerdo de Mexico 2, terre cuite peinte, 100 x 60cm, 2001 
Vidéo Hervé Di Rosa : https://www.dailymotion.com/video/x50piao
« Hier soir nous n’avons pas pris le temps de remarquer les tours, les tourelles, les clochers de pierre grise, ni les maisons toutes droites du XVIIème autour d’un vieux château et du XVIIIème. Les Stuart, qui venaient chasser dans la région, ont bâti une extension. La partie fortifiée la plus ancienne tient toujours debout. C’est le décor rêvé pour Mac Beth. Robin nous a apporté à chacun une édition poche de la pièce dans l’intention de nous la faire jouer un de ces soirs. En nous promenant dans le parc, nous imaginons Marie, reine d’Ecosse, en train de s’y reposer à l’ombre d’un destin tumultueux. (…)En fin d’après-midi, après la sieste, Kate, Robin, Susan et moi partons au jardin avec nos paniers. Les plans de laitue, de petits radis, de courgettes, de betteraves et de jeunes oignons sont resplendissants. J’ai envie de revenir seule plus tard. Quelle meilleure métaphore qu’un jardin enclos pour la solitude de l’esprit ? Je repère l’arbre fruitier sous lequel je m’assiérai. Nous possédons toutes un jardin potager (Kate ne fait pousser que du cabernet dans le sien) mais ils n’ont pas la poésie enchanteresse de celui-ci. L’air y est doux, sucré, ni chaud, ni froid : en fait, rafraîchissant. La terre grasse s’enfonce sous nos pas. Robin trouve de l’aneth, je cueille des brins de thym et de persil. Puis nous cueillons des fraises, mûres à point. Pour le dîner, Cole fait griller du saumon, écossais bien sûr, sur la terrasse. Susan prépare une sauce aux crevettes avec l’aneth tout frais et du riz avec des poivrons émincés. Je fais cuire les betteraves à feu doux dans l’Aga, puis je les sers en salade. Divine. Ces légumes du jardin sont incomparables. La lumière des chandelles, un large vase d’hortensias bleus et de roses blanches, la table est mise. Nous vivons ici. (…)Nous nous retirons après le dîner dans ce que nous appelons le grand salon. Cole et robin s’installent au piano et entament une valse de Brahms à quatre mains. Ils enchaînent sur quelques chants méthodistes, puis sur des ballades écossaises. Cole enseigne le piano chez lui et donne des concerts en petit comité. Il a joué autrefois dans les clubs de jazz de Paris et du sud de la Californie. »Frances Mayes, a été professeur de littérature à San Francisco et connut un succès populaire mondial avec le récit d’un coup de foudre pour une très ancienne maison toscane et l’aventure de sa restauration : « Under the Toscan sun at home in Italy », 1996. Ce livre vaut n’importe quelle thérapie pour retrouver la joie de vivre, de contempler, de goûter toutes les beautés des maisons, jardins, tables et merveilles artistiques de la vieille Europe. « Saveurs vagabondes » dix ans plus tard, évoque des voyages gourmands et littéraires dans plusieurs pays. Dans ce passage,l’auteur et ses amis ont loué une vieille maison en Ecosse, dans la petite ville de Falkland. Après l’Italie, l’Espagne et la Grèce, c’est une autre ambiance. Non, une autre atmosphère, ce mot est plus juste tant nous avons en tête ces landes, châteaux, jardins, cheminées, crumpets et thé noir. Il suffit de dire « Ecosse » et tout cela surgit : encore chaussés de bottes Barbour et d’une veste en tweed, on s’imagine rentrer d’une longue balade ventée, puis, enfoncés dans de gros fauteuils en cuir un peu patinés, on savoure des scones tout chauds près d’une grande flambée. Clichés ? Oui, et non. Cela existe. Peut-être. Dans notre imaginaire ou dans les vieux romans anglais. Alors on ferme la porte. Les inquiétudes, les malaises et les peurs restent au-dehors. On fait comme si le temps n’existait pas. Comme si les banlieues grises, les centres commerciaux, les formules 1, les périphériques et les crises économiques étaient de la mauvaise science fiction.
Donc, voilà nos amis américains, imprégnés d’histoire européenne, installés pour quelques jours dans cette petite ville historique. Ils s’amusent à reconnaître les signes et les ombres qui planent dans les ruines et s’inscrivent dans les vieilles pierres, Marie Stuart et sa vie tragique, Shakespeare, Cromwell. L’Histoire est partout dans les monuments, les rues,les traditions. Et la peinture, l’architecture, la littérature, la musique et la poésie, sont leur monde. Aux Etats-Unis, comme en Europe ou en Asie, leur lecture des paysages, des villes, des jardins et des gens se fonde sur cela, cette capacité à percevoir très vite les relations entre telle ou telle influence, à projeter sur un paysage, une rue ou une maison, les figures échappées d’un roman d’Emilie Brontë, de Flaubert, de Cervantes ou d’Homère. A cela, on ajoute la passion des jardins et de la gastronomie, ou plutôt simplement du goût, pour apprécier les saveurs toute fraîches du potager d’à côté. Juste une parenthèse, quelques jours et soirées à partager musique, table et bonne compagnie. Presqu’une utopie, une utopie vécue, dans ce petit coin d’Ecosse éloigné des tourmentes de l’actualité.

Marylène Conan
mariconan29@gmail.com
Instagram: @conanconan2935
 

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