Art, Good Food & Books #36

Lumière touchée*

 En plongeant le regard sur la courge saisie lentement dans le sucre au cœur de la bassine de cuivre, je me réjouis déjà du goût des éclatantes confitures de Michèle.
En levant les yeux vers les vitraux du réfectoire de l’abbaye de Silvacane, je suis fascinée par la couleur or touchée des empreintes de Sarkis en sel d’argent.
Emue par la sensualité des matières de l’existence qui se rencontrent.

Marylène a déniché les pots de confiture renversés d’Emma Bovary pour nous éclairer sur le romantisme d’une femme du XIXème composé par Gustave Flaubert.

* titre de vitraux de Sarkis

18 février 2021
Corinne Cossé-le Grand
info@carrousel-art.com
Instagram: @carrousel_art
Au
Confiture de courge proposée par Michèle Gaudin

Ingrédients pour 6 pots de confiture

  • 1 kg de pulpe ( courges épluchées)
  • 2 oranges (émincées fines) 
  • 400 gr de sucre 
  • 1 jus de citron Pelez l’orange et découpez la en petits morceaux Laissez macérer une nuit avec les oranges émincées, le sucre et le citron. 
  • Puis cuire environ 30/40 mn à gros bouillons en mélangeant régulièrement. 
  • Mixez en fin de cuisson et mettre en pots.
SARKIS, Vitraux de l’Abbaye de Silvacane, La Roque-d’Anthéron, Bouches du Rhônes.

SARKIS http://www.sarkis.fr/
Les viraux https://vimeo.com/168214313
Joseph Court, Rigolette cherchant à se distraire pendant l’absence de Germain, 1844 (Illustration du livre Folio 1998 – Madame Bovary de Gustave Flaubert, 1857
Madame Bovary de Gustave Flaubert

« Emma, d’autre part, savait conduire sa maison. Elle envoyait aux malades le compte des visites, dans des lettres bien tournées qui ne sentaient pas la facture. Quand ils avaient le dimanche, quelque voisin à dîner, elle trouvait le moyen d’offrir un plat coquet, s’entendait à poser sur des feuilles de vigne les pyramides de reines-claudes, servaient renversés les pots de confiture dans une assiette, et même elle parlait d’acheter des rince-bouche pour le dessert. Il rejaillissait de tout cela beaucoup de considération sur Bovary. Charles finissait par s’estimer davantage de ce qu’il possédait une pareille femme. Il montrait avec orgueil, dans la salle, deux petits croquis d’elle, à la mine de plomb, qu’il avait fait encadrer de cadres très larges suspendus contre le papier de la muraille à de longs cordons verts. Au sortir de la messe, on le voyait sur sa porte avec de belles pantoufles en tapisserie. Il rentrait tard, à dix heures, minuit quelquefois. Alors il demandait à manger, et, comme la bonne était couchée, c’était Emma qui le servait. Il retirait sa redingote pour dîner plus à son aise. Il disait les uns après les autres tous les gens qu’il avait rencontrés, les villages où il avait été, les ordonnances qu’il avait écrites, et satisfait de lui-même, il mangeait le reste du miroton, épluchait son fromage, croquait une pomme, vidait sa carafe, puis s’allait mettre au lit, se couchait sur le dos et ronflait. »   

Emma Rouault, fille d’un riche paysan normand a reçu une bonne éducation au couvent. Elle en sort, la tête farcie de lectures à la mode où des jeunes « châtelaines au long corsage (…) passaient leurs jours, le coude sur la pierre et le menton dans la main, à regarder venir du fond de la campagne un cavalier à plume blanche qui galope sur un cheval noir ».  Projetant ses rêves sur Charles Bovary, le médecin qui soignait son père, elle l’épouse et le suit à Tostes, petite commune campagnarde.  Elle déchante vite face à cet homme ancré dans la vie ordinaire et peu enclin aux bavardages de salon : « La conversation de Charles était plate comme un trottoir de rue et les idées de tout le monde y défilaient dans leur costume ordinaire ».  Cependant, parfaite maîtresse de maison, elle espère éveiller la sensibilité romanesque et artistique de Charles en embellissant leur quotidien. Il en est fier et tout ébloui, tout étourdi.  Elle prend les affaires en main, lui sert de secrétaire et use de son talent d’écriture pour les honoraires dus. Et puis, elle sait recevoir et ses raffinements  originaux lui confèrent une aura singulière dont profite le médecin. Emma aime se croire différente. Dans sa petite société normande elle imagine  suivre la mode de la capitale et suscite l’admiration, ou du moins la curiosité des bourgeois qu’ils invitent à dîner. Aujourd’hui elle posterait sur Instagram des images de son pain au petit épeautre et de ses tartes rustiques sans gluten.L’auteur nous donne à voir et à ressentir les pensées de son personnage, mais toujours en surplomb, avec son ironie sans indulgence qui rend le couple pathétique. Lui, satisfait d’un quotidien morne, répétitif, sans rêves ni fantaisie. Elle, tentant vainement de faire ressembler ses banales journées  à un tableau romantique. Leurs visons du monde ne se rencontrent jamais. D’ailleurs, lui n’en a aucune. Et elle, imperméable aux contingences, s’illusionne et s’enlise dans ses souvenirs de lecture pour jeunes filles à marier. Le romantisme : voilà la grande affaire et la cible de Flaubert : en montrer le ridicule, le grotesque et le dérisoire (selon lui).  Emma qui continue à vouloir vivre comme dans ses romans ne sait pas faire face à la réalité et passera à coté de sa vie. La médiocrité ordinaire se transformera en tragédie alors que criblée de dettes et ruinée de réputation elle ne trouvera d’autre issue que le suicide à l’arsenic.

Marylène Conan
mariconan29@gmail.com

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